Liste de mots à inclure dans un billet

Là, tout de suite, quel est le premier mot qui vous vient à l’esprit?

Quand j’ai posé cette question à mes abonnés sur Twitter, je m’attendais bien évidemment à une série de mots plus tordus les uns que les autres, et voilà ce qu’ils m’ont répondu.

Suicide, panini-poulet, euuuuh, bouducon, énucléation, hauban, prolégomène, pourquoi, Vercingétorix, zoophilie, coupure, apopathodiaphulatophobie, bite, vert, @letourduweb (facultatif).

Comme j’avais dans l’idée de tous les inclure dans un texte qui se tienne plus ou moins, je m’en suis trouvé fort embarrassé, mais pas démonté pour autant. Voilà, j’ai donc fait ce que j’ai pu. Bonne lecture.

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Mardi 8 juin, trois heures du matin.

Mon cul d’humain névrosé repose sur la cuvette des chiottes depuis bientôt vingt minutes.

Vercingétorix, mon fidèle compagnon me fixe comme il peut, en bon chien borgne. Les stigmates de sa récente énucléation semblent lui avoir collé à jamais un air compatissant, et depuis, le brave cabot s’accroche à son maître, comme un marin qui s’agripperait à un hauban en pleine tempête.

On a l’air de deux cons en ce moment. Moi, en train de dire merde à uneapopathodiaphulatophobie qui me colle au cul depuis l’adolescence, et lui, plus aguicheur que jamais, qui me lorgne à moitié, et se frotte maintenant contre mon tibia nu. Je sens sa petite bite d’épagneul optimiste se durcir contre ma jambe, et il faut bien l’avouer, les prolégomènes de cette séance de zoophilie forcée, m’empêchent de me concentrer sur ma triste besogne.

-Mais bouducon! (j’étais vert) Pourquoi, diable, ai-je recueilli ce petit lot de perversion sur pattes? m’exclamai-je du haut de mon trône ,en le repoussant vigoureusement du pied. Je suis vraiment le roi des cons…

Il fit un bond d’un mètre en arrière, jappa un grand coup, puis s’exclama.

-Tu m’as blessé connard! Regarde ce que tu m’as fait.

Surpris, je laissais un instant durant le silence ajouter une part de mystère à la scène, avant de me refroquer.

-Euuuuh… Mais tu parles, sale cabotin? Tu vois pas qu’j’étais en train d’essayer d’expulser mon panini-poulet? Quand je siège, j’entends qu’on me laisse tranquille. On ne fait pas du gringue à quelqu’un qui chie. On n’est pas chez les chiens ici! L’humanité, tu l’aimes ou tu la quittes! Quant à ta coupure, elle ne date pas d’aujourd’hui. Ne me prends pas pour un con…

Alors que je croyais Vercingétorix sur le point de capituler, il tenta à nouveau de m’amadouer avec son oeil de chien battu au bord du suicide.

-Tu ne m’aimes me pas… Personne ne m’a jamais aimé. L’humanité à toujours vu les borgnes d’un mauvais oeil…

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Bref, comme je me suis dit que vous aussi, vous aimeriez peut-être vous adonner à ce petit exercice de style pour le fun, je vous invite par la même occasion, soit à poster votre texte en commentant ce billet, soit sur votre blog (comme vient de le faire la brillante Bulbeuse).

Merci à toutes et à tous pour vos contributions.

L’épisode du sucrier

Une fois de plus, ça se chahute à l’étage inférieur. Je ne sais pas qui botte le cul de qui, mais les hurlements de Papa me laissent penser que Maman a pris le dessus. C’est d’ailleurs souvent le cas.

Papa est le genre d’homme à vite s’agacer, et à entrer dans une colère noire pour un oui, mais surtout pour un non. C’est un peu sa façon à lui de dire « merde” à une vie qui, il faut bien l’avouer, l’a très mal pourvu en masse musculaire. Du haut de son mètre et quelques, il ne doit sûrement pas voir la vie comme les autres hommes la voient. Et comme Papa n’est pas du genre à se hisser sur la pointe des pieds pour faire semblant, il hurle à la moindre occasion. C’est souvent le cas chez les petits.

Maman, elle, est plutôt bien charpentée pour une dame. Tout le monde s’accorde à dire qu’elle n’y peut rien, et que la nature lui a donné un peu plus de personnalité qu’il n’en aurait suffi. Si elle ne porte ni jupes ni robes, c’est juste qu’au final, ça lui irait mal. Elle se tue à dire qu’à force de lever des os aussi lourds, son corps s’est adapté, mais qu’elle ne s’en porte pas mal pour autant.

A la maison, au moindre désaccord, bien que les torts soient partagés, aucun ne l’avoue jamais. C’est d’ailleurs le propre d’une dispute.

Même si Papa a coutume de mettre les formes pour réclamer ou pour exprimer un désaccord, Maman a le don de le lui faire perdre sa courtoisie en moins de deux.

Ce matin, le café qui lui avait été servi par ma mère n’était pas sucré, et lorsque Papa l’eut goûté, il lui joua la scène de la nausée, en grimaçant et en toussant comme un coquelucheux.

- Chérie, ce café est bougrement amer. dit-il en se reprenant. Pourrais-tu, s’il te plait me passer le sucrier?

Ma mère le lui apporta, et le posa fermement à sa portée, en faisant claquer vigoureusement le socle de Porcelaine sur le bois de la table de la cuisine. Puis, sans le lâcher, elle lui lança un regard aussi noir qu’un joueur néo zélandais pendant un « Aka”.

Papa, étonné par cette démonstration de force aussi soudaine que matinale, haussa un sourcil, puis inclina légèrement la tête en arrière avant de fixer la main ferme de Maman qui le dominait en grinçant des mâchoires.

-Euh… Merci Chérie, mais tu peux lâcher le sucrier maintenant…

Et comme Maman en avait décidé autrement, il en fut fort dérangé.

-Bon, tu vas le lâcher , ce putain de sucrier, oui? C’est quoi encore ton problème? T’as décidé de me faire chier, c’est ça? Qu’ai-je dont fait pour que tu joues encore les dures avec moi, dès le début de la journée?

-Tu le vois le sucrier? lui répondit-elle en postillonnant?

Et ni une ni deux, à la force d’une seule main, Maman fit éclater le pauvre ustensile entre ses gros doigts, puis porta les débris à sa bouche afin de les mastiquer en guise de défiance. Tout en mâchant la terre cuite, elle continuait de dominer Papa, qui assis sur sa chaise, l’écarta soudainement du bras afin de se lever.

-Alors comme ça, Madame joue les dures en mâchouillant du verre? Mais tu crois que tu m’impressionnes?

Et comme il n’était pas homme à se débiner devant ses enfants (car entre temps, j’avais accouru pour assister à la scène), il rassembla quelques morceaux de porcelaine, puis les emboucha à son tour afin de montrer à Maman qu’il pouvait en faire autant.

Les deux amoureux étaient maintenant face à face et se fixaient droit dans les yeux en agitant leurs mâchoires avec détermination, et moi, j’avais tout juste dix ans, et l’impression d’assister à un « je te tiens tu me tiens par la barbichette” venu d’un autre monde.

Finalement, c’est ma mère qui se mit à rire la première, entrainant immédiatement mon père dans la « poilade”. Leurs bouches régurgitaient du sang de toutes parts, et le langoureux baiser qu’ils échangèrent pour marquer leur réconciliation me mit mal à l’aise.

-Tu n’as rien avalé au moins, Jean-Claude? lui lança maman en bavant.

-Non, évidemment, Roberta, je ne suis pas cinglé! lui répondit Papa la bouche pleine. Allons nous rincer, que je te montre une bonne fois pour toute qui est l’homme de la maison!