Facebook et le nu: Quand la censure tourne au ridicule

Tout utilisateur aguerri de Facebook sait que la firme américaine n’apprécie pas la nudité sur son réseau.

Depuis plusieurs mois, les contenus comportant de la nudité sont systématiquement retirés du réseau social, conformément à ce que l’on peut lire dans la déclaration des droits et responsabilités de la plateforme.

« Vous ne publierez pas de contenus : incitant à la haine ou à la violence, menaçants, à caractère pornographique ou contenant de la nudité ou de la violence gratuite. »

Art, information et pornographie, même combat.

De prime abord, il parait assez justifié qu’à titre préventif, les images pornographiques ne soient pas les bienvenues sur une plateforme ouverte aux mineurs. Quoi de plus logique me direz-vous? C’est une question de bon sens, et personne n’y trouvera rien à redire.

En revanche, le bât se met à blesser lorsque la nudité est systématiquement assimilée à de la pornographie.

C’est ainsi qu’à ce titre de nombreux contenus artistiques, culturels, ou informatifs se sont vus purement et simplement censurés par les autorités bienveillantes du joujou de Marco.

Tout le monde se souvient sûrement de la censure de l’illustre « Origine du Monde » de Julien Gustave Courbet, qui avait provoqué un tollé sur la toile en début 2011, et depuis ce sont des dizaines d’oeuvres d’art, ou images informatives qui chaque jour sont filtrées et balayées du réseau au nom du puritanisme.

Exemple ici en mars dernier, avec la suspension temporaire de la page du musée du Jeu de Paume suite à la publication de cette photographie d’un nu à vocation artistique.

censure facebook

Le 4 avril 2013, c’est au tour de l’Agence France Presse de faire les frais du puritanisme de Facebook, après avoir publié une photo d’une femen se faisant botter le derrière devant l’entrée de la Grande Mosquée de Paris.

Afp-femen-censure-mosquée-paris

Mais l’apogée de l’absurde est atteint en fin 2012, lorsqu’un visuel voué à la lutte contre le cancer du sein est supprimé à 700 reprises.

facebook censure cancer du sein

Un nombre conséquent de comptes et d’images ont donc été suspendus, et à chaque fois le motif évoqué par Facebook est le même. « On voit un téton ».

Une modération universelle pour tous les pays.

Nous devons donc comprendre que même exempte de toute connotation sexuelle, la nudité n’est pas permise sur Facebook, ce qui pose évidemment problème lorsque cette sacrosainte pudibonderie à l’américaine s’impose à près d’un milliard d’utilisateurs issus de cultures totalement différentes.

Car que vous viviez aux Etats-Unis, en Afghanistan ou en France, les critères de modération et de censure sont les mêmes. Facebook est une entreprise américaine, et sa charte de droits et responsabilités n’est pas adaptée à chaque pays.

Les équipes de modération ont toutes le même cahier des charges, et celui-ci est évidemment étroitement lié à un sens moral religieux très influent au sein de la société américaine.

Bref, il s’impose à vous, que vous le vouliez ou non, et entraîne de ce fait un nombre considérable d’incompréhensions lorsqu’il s’agit de communiquer et d’informer librement sous l’égide de l’universalisme d’un seul et unique modèle culturel.

La liberté d’expression dès lors toute relative ne peut être pleinement appliquée en tant que telle, car soumise à des jugements de valeurs inadéquats.

Ma petite conclusion.

Ayant moi-même fait les frais de cette censure absurde à plusieurs reprises (plusieurs pages à caractère humoristique supprimées sans raison apparente, ainsi qu’une suspension provisoire de compte) j’ai aujourd’hui énormément de mal a utiliser Facebook avec sérénité.

Trop imprévisible, parfois incompréhensible, la politique de censure mise en place sur le réseau ne me permet plus de communiquer en toute confiance, car force est de constater qu’une telle rigidité entraîne forcément une auto-censure. Auto-censure illégitime, puisqu’elle n’obéit pas à des critères moraux en vigueur dans mon pays.

Je continue malgré tout d’utiliser ce moyen de diffusion à titre professionnel car il reste un vecteur de trafic très important, et demeure un outil incontournable dans tous les métiers liés au web, mais je déplore que le système de modération ne soit pas décliné en plusieurs versions adaptées aux us et coutumes juridiques de chaque pays.

Voilà, je m’en vais de ce pas partager cette bafouille sur Facebook.

5 comments

  1. Le plus navrant c’est de voir qu’à coté de ça les pages discriminantes poussent comme du chiendent et bénéficient de cette liberté d’expression complètement bancale

  2. Tant mieux si les femmes à poils sont virés de fb, quand on est une femme, y’a un moment y’en a marre que nos corps à poil servent à vendre des yaourts, faire des pub bidon (celle du cancer est tout simplement glauque assimiler cancer et femme objet beurk). Quant aux femmes du passé dont le corps a « inspiré » tous ces grands artistes, les pauvres elles subissaient le statut de « nuse » à la con, femmes objet au service des hommes grand artistes créateurs. Toutes ces conneries ont leur valeur historique et financière mais au delà, cette mise en scène de la femme nue ne m’intéresse pas.

    1. Non mais là, on est dans un autre débat.
      Je comprends ton point de vue sur l’instrumentalisation du corps féminin dans la mesure où mes 3 exemples s’appuient sur des corps de femmes dénudés.
      Cela dit, l’objet de l’article est bel et bien la censure de la nudité, peu importe le sexe des individus. Le filtrage s’applique à tous (sauf aux animaux :))
      Après, que cela t’intéresse ou pas, je ne vois pas bien en quoi cela pourrait légitimer une telle censure.

  3. Entièrement d’accord avec vous. Cette censure de la nudité pure n’a pas de sens en l’état actuel car dans le même temps ils laissent des gamines de 14 ans poser à moitié a poil avec leur smartphone dans des positions ultra suggestives… et c’est devenu tellement banal sur facebook que plus personne ne semble choqué.

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